Le Procès Barbie, 30 ans plus tard…

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«Personne n’est sorti du procès Barbie comme il y est entré » a dit le Procureur Général Truche. En raison essentiellement de la force des témoignages qui y ont été recueillis. Et parmi ces témoignages, ceux des femmes. C’est à ces femmes, aujourd’hui disparues, que je veux rendre hommage à la veille de ce trentième anniversaire.

Les premiers jours du procès, ouvert le 11 mai 1987, ont été consacrés à la mise en place, aux questions de procédure, au curriculum vitae de l’accusé. Après deux jours d’audience, Klaus Barbie a déserté le prétoire. On se souvient de l’émotion suscitée. Qu’allait devenir le procès Barbie sans Barbie ?

Comment les victimes pourraient-elles témoigner devant un box vide ?A la suite du Procureur Général Truche, Maître Henri Noguères a relativisé l’évènement : « ce procès sans la personne de l’accusé, a-t-il déclaré, ne sera pas moins important qu’avec lui. Car avec lui, c’était la perspective d’entendre des mensonges. Son absence nous les épargnera ». La suite lui donnera raison. Pour l’heure, à l’extérieur du Palais, sur le quai Romain Rolland, le sinistre Faurisson distribue sa prose nauséabonde.

Et elles sont arrivées. Ces merveilleuses vieilles dames sont venues témoigner. Anciennes résistantes, anciennes déportées, elles refusent le siège qui leur est proposé. Elles veulent témoigner debout, droites et dignes. Certaines s’agrippent à la barre, d’autres tiennent un petit mouchoir serré fort dans leur main tremblante. Certaines parlent fort, d’autres susurrent. Toutes parlent juste. Sans s’être concertées, elles ont décidé qu’il est temps de raconter. Dans la salle, leurs enfants et leurs petits-enfants découvrent en même temps que nous ce qu’elles ont vécu. Devant nous, témoignage après témoignage, tel un puzzle qui se constitue sous nos yeux, apparaît de façon lumineuse la définition du crime contre l’humanité. Elles nous disent tout, ne s’épargnent rien. L’humiliation, la nudité, le rasage, le tatouage, les odeurs, les expériences médicales. Beaucoup témoignent les yeux fermés. Ce n’est plus à la Cour qu’elles s’adressent, mais à elles-mêmes, à leurs familles, à leurs camarades qui ne sont pas revenues. Quand elles ne peuvent retenir leurs larmes, c’est la souffrance des autres qu’elles évoquent, pas la leur. Dehors, sur le quai Romain Rolland, Robert Faurisson a disparu. Contre cela, il ne peut rien…

A partir de demain 11 mai et jusqu’au 3 juillet, date du verdict, je rendrai compte jour par jour, sur cette page, du déroulement du procès. Le plus bel hommage que je puisse rendre à ces femmes admirables est de leur donner une dernière fois la parole. Je le ferai au fur et à mesure de leurs dépositions..

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